[Journal vivant] Alter’Coop, une expérience initiatique de la fraternité

Vous est-il arrivé de ressentir un sentiment d’humanité partagée jusqu’à penser que ce mouvement pourrait se déployer loin et durablement ? Percevoir qu’au sein d’un groupe, une évolution des relations humaines et sociales est en cours dans la conscience de qui nous sommes pleinement ?

Voilà l’expérience que j’ai faite lors de ma participation, les 18, 19 et 20 janvier à la soirée de lancement et au premier module d’Alter’Coop « Pédagogie de l’altérité et de la coopération ».

Cette proposition pédagogique pour «réinventer le vivre et l’agir ensemble » est aujourd’hui co-créée avec des volontaires, des intervenants, des partenaires. Elle s’adresse à toute personne souhaitant pratiquer les principes de la coopération issus du vivant grâce à un apprentissage formel (apports scientifiques) et expérientiel (témoignage, participation, corporalité).

J’ai rencontré l’initiatrice de la pédagogie, Christine Marsan, en 2017 lors d’une rencontre « AuthentiCités : cercles de Nouvelle Conscience » au Forum 104. A ce moment là, j’avais eu grand plaisir à rencontrer des acteurs engagés dans une société en mutation, d’horizons très différents, et impliqués dans un processus de changement personnel. Alors peu de temps avant le démarrage d’Alter’Coop, mue par l’intuition qu’une belle aventure humaine démarrait, j’ai pensé que je pourrais apporter ma contribution avec ce que j’aime mettre en lumière : la beauté de l’être en transformation au contact de l’autre, à l’image d’une fleur qui s’ouvre grâce à la lumière, la terre, l’eau… Je lui ai alors proposé ma participation avec la perspective de réaliser un « journal vivant », une forme de reportage susceptible d’un partage. Elle a dit oui. Voilà donc mon récit de la suite ci-après…

Un temps d’ouverture ludique et fraternel

Alter’Coop a été officiellement lancé le 18 janvier au forum 104, à Paris, avec une conférence d’introduction de Patrick Viveret sur le sens du mot fraternité dans notre société. En attendant l’arrivée de tous les participants, certains ont commencé à faire connaissance en formant un cercle. Et sur une proposition ludique de Marianne Souliez, nous avons ouvert les festivités à notre façon :

«Si j’ai un vœu pour 2018, qu’il me soit destiné ou qu’il soit destiné à plus grand, quel serait-il? »

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A 20h, la soirée officielle a commencé avec un hommage de Christine Marsan au travail réalisé par l’équipe de talents composant Alter’Coop. Puis, Elisabeth Blondeaux s’est faite porte-voix du Forum 104 « très heureux d’accueillir l’ouverture du programme », car le lieu se veut « ouvert à ce qui peut faire progresser l’homme » dans une « quête de sens entre transformation de soi et transformation collective ». Elle a précisé que le thème de la fraternité est un sujet central depuis les attentats de 2015. En ce sens le programme pédagogique d’Alter’Coop est pleinement soutenu. Elisabeth Blondeaux a ensuite ajouté qu’une pédagogie est une « manière de faire qui se travaille. Cela va plus loin que des multiplications d’expériences ». C’est précisément cette intention de qualité et de continuité dans le temps qui a attiré mon attention.

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Patrick Viveret. philosophe, l’un des parrains du programme, a poursuivi avec un exposé sur le sens du mot fraternité dans ses dimensions économique, politique et spirituelle. Il fait le constat que la barbarie intérieure nécessite de sortir du déni de fragilité afin d’accéder et d’organiser notre désir d’humanité. Ce changement de posture impose de quitter la logique de puissance et de domination pour suivre une voie d’émerveillement et d’acceptation de notre condition fragile de l’humanité.

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En concluant la première partie de son développement, Patrick Viveret a insisté sur l’idée que l’humanité est à un rendez-vous critique :

« Soit elle poursuit une vision mortifère, soit elle franchit un saut qualitatif en comprenant que la pédagogie de la fraternité est une ressource essentielle. »

Une participation interactive avec la salle a suivi. La proposition était de former des groupes de 4 personnes pour récolter ce qui a retenu notre attention, soit de récolter une pépite par personne, puis d’en proposer une synthèse à la salle.

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Au terme de son exposé, Patrick Viveret a souligné l’importance de développer un regard amoureux en toute chose car l’observé est transformé par celui qui le regarde.

« Rencontrer l’autre en étant dans sa propre singularité permet de vivre pleinement l’altérité. » Patrick Viveret

La présence d’improvisateurs-créatifs, Sushila Dahan*, facilitatrice graphique et Eric Grelet, dessinateur plein d’humour, n’ont pas manqué de faire sensation avec leurs résonances aux propos denses et profonds de Patrick Viveret. La présence discrète des non moins créatifs Carlos Chapman et Christian Durand de CQUANDC a également été captée dans « le Off« .

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Un temps pour apprendre le sens de la coopération :  reconnaître en l’autre ce qu’il y a en soi-même.

Qui suis-je ? Qui est l’autre ?

Il y a quelques semaines, j’ai regardé le film Human de Yann Arthus Bertrand. Je me souviens que je me sentais reliée aux visages et à leur parole, émue d’entendre autant les cris, les désespoirs que les messages inspirants. Y a-t-il un parallèle avec Alter’Coop ? J’imagine que oui, à travers cette idée de mélange et de diversité humaine : je ne connaissais aucune des personnes du programme et tous viennent d’environnements, de professions et d’horizons très divers.

Grâce à ce mélange, des paroles singulières émergent de multiples manières. Cette sagesse multicolore n’a pas manqué de me toucher. Une pensée m’a alors traversé vis-à-vis des participants au programme : les visages humains n’existent pas seulement à travers un écran, ils sont réels, à côté de moi. Durant ce temps d’apprentissage dédié, nous nous donnons un espace pour apprendre ensemble à identifier les facteurs favorisant ou dégradant notre désir d’humanité fraternelle.

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Comme le trouble ou la violence prennent leur source à l’intérieur et au contact de l’autre, nous avons pratiqué intensément l’écoute interne. C’est avec Jean-Michel que j’ai eu ma première expérience d’écoute profonde en binôme. Nous en avons reparlé ensuite, il m’a indiqué qu’il a eu un déclic au moment des attentats de 2015 : un désir de cheminer autrement est né.

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Le début du chemin commence avec l’identification des conditionnements de la violence.

Ainsi, Isabelle Montané est intervenue dès le début du module, pour donner aux participants du programme des clés sur les mécanismes de fabrication du racisme lié aux représentations mentales intérieures. Les appréciations ont été unanimes : de nombreuses prises de conscience ont eu lieu. Elle nous partage son retour dans un entretien.

Anne-Marie a été très marquée par l’importante nécessité de déconstruire les automatismes. Elle a accepté de nous en parler un peu plus :

J’ai moi-même rencontré des déclics importants lors de plusieurs expériences du module.

Une tension, un désaccord n’est pas synonyme de conflit ou de violence. Au contraire, elle contient un potentiel d’altérité, d’ouverture et de reconnaissance de soi, de l’autre.

A mon sens, la richesse des apprentissages réside dans l’articulation de connaissances et d’expériences qui impliquent à la fois, la réflexion, le corps, la parole, le dialogue et l’intériorité. Cette pédagogie permet de relier la compréhension intellectuelle et le ressenti. Alors, elle est sentipensante !

Un environnement de confiance favorise une authentique présence

Grâce à la mise en place d’un cadre commun, la parole de chacun s’est exprimée avec beaucoup d’authenticité dans un espace modéré, à la fois accueillant, clair et ludique.

Suite aux expériences et aux transmissions des intervenants, des temps de partages ont été régulièrement proposés. Ces moments sont révélateurs d’une beauté liée à la fois aux ouvertures individuelles et à la reconnaissance vis à vis de ce qui a été reçu. Aussi, tout le monde est mis au même niveau, chacun donne, honore, ce qui a été reçu. Une énergie particulière circule. Je goûte encore l’instant exquis.

Dans un des cercles, Mahdi a parlé de son passage du monde de la compétition au désir de cheminer dans le monde de la coopération. Il a accepté de développer cette impression :

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Un temps pour s’ouvrir à plus grand que soi : émergence de l’intelligence

Accueillir la complexité des relations

Tout au long du module d’apprentissage, au-delà des concepts que j’avais en tête, j’ai pu sentir combien les relations humaines s’apprennent et s’exercent dans l’accueil d’une certaine complexité : des liens, des choix de chacun, de l’interdépendance et de la qualité d’écoute.

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Cette complexité relationnelle s’est manifestée, à titre d’exemple, dans l’exercice d’une double posture : participante au programme et observatrice-contributrice en vue d’en réaliser un journal vivant. Mon effort a consisté à être présente à l’expérience tout en gardant mon intention d’observatrice. Aussi j’ai suivi mon intuition pour écouter les possibles à inventer avec ce qui était présent. Ce travail a été très inspirant car il offre des perspectives de répartition amoureuse des rôles pour la contribution intelligente à l’ensemble.

Michel André Vallée, psychosociologue, était lui-même intervenant et participant du programme.  Il partage sa surprise avec l’expérience de la biodanza**animée par Marianne Souliez :

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La coopération s’inspire du vivant

Les interventions de Jean-Baptiste Auberger, frère franciscain, et Pablo Servigne, auteur-chercheur en sciences du vivant, m’ont paru proches dans leur esprit alors même que leurs champs de connaissances peuvent paraître opposés. L’un nous a transmis les enseignements essentiels qu’il a appris au sein d’une communauté religieuse. Tandis que l’autre nous a partagé son approche de l’entraide avec un angle scientifique issu de l’observation du monde vivant.

Il semble qu’une leçon similaire peut être dégagée : la coopération, cela s’apprend. Elle n’est pas innée chez les humains, y compris chez ceux emplis de bonnes intentions. Car chacun est pétri de conditionnements issus de son histoire personnelle, de la culture, etc. Ainsi la maîtrise des compétences de la coopération est à rechercher pour construire peu à peu une organisation harmonieuse au sein d’un groupe humain. Ce sont de nouveaux repères issus des lois du vivant qui permettent de développer à la fois une plus grande confiance les uns envers les autres et une plus grande efficacité pour l’ensemble.

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Aussi, les présentations des deux hommes contenaient chacun une forme d’évidence. Celle qui amène à se demander pourquoi la société ne fonctionne pas selon ces principes, y compris dans leur dimension contemplative.

« Entre la poésie et le réel, tenir les deux, c’est par là qu’il y aura des ouvertures. En tous cas cela donne de l’espace. » Geneviève – Suite à l’intervention de Pablo Servigne

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La suite : écrire la bibliothèque vivante de la fraternité ?

Apprendre à apprendre

En racontant mon expérience du premier module d’Alter’Coop, je la qualifie volontiers « d’initiatique » car elle me fait réaliser et ressentir que la fraternité et la coopération, c’est accepter de vivre dans la complexité. C’est aussi mettre mes qualités en dialogue avec celles des autres sans forcément savoir comment œuvrer ensemble. Cela s’apprend au contact de l’autre et à chaque instant. Et ainsi l’humanité passera à un âge adulte, au sens responsable, protectrice du vivant ?

« Un voyage initiatique est un voyage dans lequel une personne se trouve confrontée à des épreuves, aux nouvelles expériences qui lui permettent de passer à l’âge adulte.  » Source Wikipédia

Comment diffuser la sagesse fraternelle à l’ère web ?

A l’écriture de ce récit, je me suis posée plusieurs questions :

Ce journal vivant est-il une forme de journalisme citoyen permettant de faire exister ces voix dans la cité ? Sinon quels médias parlent de ce sujet ? Est-il un partage d’expériences favorisant la communication et la connaissance sur le sujet de la fraternité et la coopération en y incluant à la fois une dimension individuelle, spirituelle mais aussi collective et donc politique et sociale ? Afin que d’autres puissent se servir de l’information pour agir? Est-il une forme de médiation culturelle « sociale-numérique », renforçant le lien entre le réel et le virtuel ?

Sans doute un peu de tout cela. Aussi, je me suis aussi interrogée sur le rapport proportionnel entre le nombre de membres du groupe Facebook d’Alter’Coop et le nombre de participants effectif au programme (20 participants/3990 membres).

J’espère simplement qu’en décrivant une réalité avec honnêteté et avec un parti pris personnel assumé, le « journal vivant » est susceptible d’être une ressource permettant à des personnes d’impulser ou de confirmer un engagement dans le réel. Je précise que je n’écris pas pour le compte d’Alter’Coop, même si j’écris bien pour ce même esprit qui relie ceux qui entrent dans l’aventure de la coopération : expérimenter, apprendre et éclairer les expériences qui comptent dans la construction de repères pour une paix durable. Bienvenue sagesse, profondeur, intelligence relationnelle, ouverture, indépendance d’esprit autant que possible !

J’aime cette image que l’être humain est un livre vivant. A travers ses pensées, ses sentiments, son comportement, ses actions quotidiennes, ses expériences, il façonne son corps et sa structure mentale durablement et en profondeur.

Alors sommes-nous en train d’écrire une bibliothèque vivante de la fraternité ?

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Je remercie tous les généreux complices pour leur confiance, leur partage, et leur écoute ayant permis l’écriture, ensemble, de cette page.

A la clôture du module, j’ai proposé à Christine Marsan un mot de la fin. Elle nous parle aussi de complices pour co-tisser ensemble ce réseau vibrant et vivant de fraternité

 


* Toutes les illustrations contenues dans cet article sont issues des tableaux graphiques de Sushila Dahan et Eric Grelet

** Biodanza :  C’est une méthode de développement humain par la danse créée dans les années 1960 par l’anthropologue chilien Rolando Toro

*** Retrouvez toutes les informations sur Alter’Coop : https://www.altercoop.org/

9 commentaires sur “[Journal vivant] Alter’Coop, une expérience initiatique de la fraternité

  1. merci pour cette re-transmission vivante et créative, ton oeil et tes oreilles nous témoignent bien d’une humanité qui se re-cree ici et ailleurs. En lisant toutes ces phrases et en laissant raisonner l’une d’entre elles voici ma ptite contribution.
    « Que notre singularité créative mariée à notre égo assagi soit notre force bien-veillante pour faire vibrer ensemble notre bien-vaillance coopérative »

    Aimé par 1 personne

  2. MERCI MERCI MERCI! Témoigner de ce qui se vit avec et pour l’humain dans toutes ses composantes est vital. Rassembler autour de l’expérience, de la mise en pratique pour que les mots « intelligence collective, fraternité, créer la paix en soi pour créer la paix dans le monde » prennent forme dans la matière et contaminent les hommes, c’est utile, nécessaire, indispensable à Notre Evolution; le faire savoir est BIENVENU! Merci à Christine Marsan d’avoir dit « oui » à ce journal vivant, merci à vous, Gabrielle, de l’avoir créé. Au plaisir de vous lire encore et encore!

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