[Journal vivant] Les rencontres de Die : un laboratoire vivant, bel exemple de territoire résilient

« Il se passe quelque chose d’extraordinaire dans le monde »*, c’est mon sentiment plusieurs jours après être revenue des Rencontres de Die. Elles se sont déroulées du 26 janvier au 4 février 2018 en région Rhône-Alpes dans la vallée de la Drôme. Cette 16ème édition avait pour thème « Osons la fraternité, mieux vivre ensemble ».

Avant d’y aller, je n’y connaissais pas les membres de l’organisation. J’ai fait le choix de m’y rendre en me fiant à la diversité du programme et aux quelques intervenants dont j’apprécie la qualité de contribution (Serge Tisseron, Pablo Servigne, Geneviève Ancel, Geneviève Azam, Yves Michel). La ville de Die est désormais au cœur d’un projet-territoire « Biovallée » dont l’objectif est de construire un territoire à bonne qualité de vie, référence en matière de développement durable.

Avec ces éléments et mon intuition pleine d’allant, une interrogation demeurait : au delà de ce qui transparaissait sur leur site internet, quel est l’esprit qui anime et relie ces propositions ? Qui sont ces personnes qui l’organisent et l’incarnent ? Je suis  partie sur le terrain avec le désir de rencontrer ces personnes porteuses de ces pratiques d’être et d’agir. Leur parole s’est révélée multiple, vivante et très inspirante.

Lorsque je suis arrivée à Die, j’ai été saisie par la beauté de l’environnement. La présence des montagnes est majestueuse. L’air y est vivifiant. La présence de la rivière rappelle que tous les éléments de la nature sont de la partie. Dans les rues, de petits détails soignés offrent à mon imaginaire qu’il fait bon vivre en ces lieux.

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Après un temps de déambulation contemplatif de cette ville nichée au cœur de la nature, je suis arrivée au lieu principal de ces rencontres, la salle polyvalente de Die. Ma première surprise a été le hall d’accueil. J’ai ressenti immédiatement une effervescence de propositions : il y avait un tableau référençant les offres et demandes de covoiturage, de logement et de services, mais également de nombreuses affiches et flyers très variés, côte à côte : « concert de soutien à l’agriculture paysanne », « l’urgence de se reconnecter à la nature », « danse et chant », « Notre-dame des landes, enracinons l’avenir »….

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Ensuite, en entrant dans la salle, mon regard a été attiré par cette grande carte « Migration Terre d’accueil » représentant visuellement la plateforme de contact des comités d’accueil des réfugiés en Drôme, Ardèche, Vaucluse.

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D’autres éléments sont entrés en résonance avec mon regard : une carte du monde inversée, un livre de la parole. une proposition d’entraide face à l’effondrement en résonance avec la recherche « L’entraide, l’autre loi de la jungle » de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle. J’apprécie cette démarche de mise en lien de contacts et de ressources qui relient, interrogent, non sans intelligence, légèreté et humour.

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Après ce temps d’observation, j’ai été à la recherche de personnes qui me semblaient impliquées dans l’organisation. C’est dans l’espace librairie que je rencontre Fabien, originaire du Jura. Il s’est installé récemment avec sa famille à Die. Il est effectivement bénévole. Lorsque je lui précise l’objet de ma présence, recueillir des témoignages vivants, il préfère m’orienter vers Claude Veyret et Anne Tesson, co-fondateurs des rencontres.

A la rencontre des co-fondateurs : l’origine et l’esprit des Rencontres de Die

Claude Veyret, cofondateur, agriculteur pendant 30 ans, journaliste Média Citoyen Diois

Passionné de nature et de son territoire, Claude Veyret a tout fait pour s’y impliquer socialement, culturellement, économiquement. Dans les années 1999-2000, il s’est regroupé avec un petit groupe d’amis en se demandant ce qu’ils pourraient faire pour le territoire. Il m’a partagé la suite de son histoire et me parlant de « revitalisation de la pensée », « on confronte nos idées », « le mot rencontre est capital », « construire cette fraternité ardente dans cette transition ». Il met notamment en avant l’originalité des Rencontres de Die par « une mise en lien de la sphère politique, la sphère économique et la sphère associative ».

« Si on veut coopérer réellement et que cela ne reste pas des mots vains, il faut qu’on s’ouvre. (…) On est vraiment convaincus que pour la survie, la vie de ce territoire, il faut qu’on travaille tous ensemble. On n’est pas assez nombreux pour se déchirer. On n’est pas assez forts, on gaspillerait beaucoup d’énergie à se chamailler entre nous. »

Lorsque je l’ai interrogé sur l’évolution du festival et le lien qu’il fait entre « transition intérieure » et « transition sociale », voici quelques propos extraits de notre échange :

« On a beaucoup lu Edgar Morin. On a beaucoup travaillé avec Patrick Viveret. On s’est beaucoup nourri d’une démarche « Transformation Personnelle – Transformation Sociale », appelée TPTS. »

« Les transformations collectives qu’on veut voir mûrir dans le monde, il faut les incarner et on ne peut pas les incarner autrement qu’en étant bien centré, profondément relié, profondément en empathie avec soi, avec une grande justesse ici et maintenant. On a trouvé un dénominateur qui peut faire que cette alliance, cet alliage est bénéficiaire à tout le monde. »

Nous avons convenu avec Claude Veyret de l’importance désormais de donner une visibilité à ces riches initiatives à travers le Web et notamment les médias-réseaux sociaux. La toile du web participe, de fait désormais, à répandre de manière incontournable les nouvelles.  Coopérer avec ces moyens et ces canaux pour partager l’information des transitions au plus grand nombre est un défi aussi !

Anne Tesson, co-fondatrice, enseignante en pleine conscience

Anne Tesson m’a précisé le contexte et l’évolution des Rencontres de Die :  ces rencontres durent une dizaine de jours au cours desquelles près de 10 000 entrées sont comptabilisées. L’évènement propose des conférences, des ateliers pratiques, d’échanges, des débats, des bals, des agoras. Ces rencontres permettent de créer un espace aux participants et d’informer sur l’impact du mode de vie sur la santé, la société, le vivant.

Dans le témoignage d’Anne Tesson, je peux sentir toute l’intention de douceur et l’esprit de bienveillance impulsé dans ces rencontres et les ateliers proposés. Elle me partage aussi un trait d’évolution qu’elle a remarqué ces derniers temps :

« Il y a de plus en plus de personnes qui viennent avec une démarche personnelle, qui n’ont plus envie d’être dans la contradiction, être contre quelque chose, mais plutôt trouver une ressource de vie, de joie qui puisse prendre forme dans des actions. Même dans des actions militantes, mais qui n’ont plus envie d’être dans la violence. Il y a de plus en plus de personnes qui font le lien entre la souffrance à l’intérieur et la souffrance du monde. »

« Tout est relié. En physique quantique c’est prouvé que tout est relié et notre action vient de notre vie intérieure. Si on est frustré, on va avoir une action de violence. (…) L’important c’est de libérer, petit à petit, par l’accueil bienveillant cette souffrance, ses blessures, de façon à ce que notre action ait une efficacité beaucoup plus grande. Elle aura ses racines à partir de cette paix, cet espace de douceur, de bienveillance en nous. »

Les multiples visages humains des Rencontres de Die

Florence Bresc, danseuse, collectif Arytmétis

Florence a animé un atelier « Mouvements de vie » comprenant « des étirements doux, des jeux, des chants, l’esprit de la danse et du partage ». Elle m’a partagé le vécu de cette expérience.  Et j’ai saisi l’occasion d’interroger son point de vue sur la relation de la danse avec une évolution de la société.

« La danse est un langage pour nous rencontrer. »

« Elle crée vraiment un lien social.  »

« On sort de notre individualité. Cela nous amène à être plus en lien, à vivre le sacré. »

***

Sébastien Gignoux, bénévole

Sébastien est venu spontanément vers moi avec le souhait de me parler de la communication avec la nature et la pratique de « terropathie ».

« Je communique la nature, les arbres, le ciel, le vent, l’eau, le lac. »

« Dans notre corps, quand vous êtes faibles, c’est la nature qui nous donne l’énergie en nous. »

***

Richard Délias, poète de rue et bénévole

Animateur d’une « conférence apaisée : comprendre par le cœur », Richard Délias partage son regard sur son rôle du poète dans les Rencontres de Die. Les participants apprécient « les respirations » qu’il apporte. Pour mon plus grand plaisir, il m’offre, avec son grand sourire, son poème « Danser avec la réalité ».

« Danser avec la réalité

En épouser ses contrariétés

Découvrir sa propre élasticité

S’inviter à apprécier. »

 

***

Axelle Lesage, bénévole, facilitatrice de projets participatifs et inclusifs

Axelle s’est installée à Die il y a deux ans grâce aux rencontres avec son compagnon, Nicolas Lesage, animateur en agroécologie et accompagnateur en écojardin. Elle m’a partagé son enthousiasme à propos de l’outil de mandala holistique.

« Le mandala holistique aide à faire culture commune. Ça facilite la concrétisation. Par quoi on commence ? Qu’est-ce qu’on a vraiment en commun? Clarifier ce que veulent dire les mots. (…) Cela facilite la mise en œuvre du projet avec des racines communes et une base solide. »

Aussi, elle a animé un atelier pratique « Retrouvons notre nature, la coopération… »sur les résonances du fonctionnement des écosystèmes et l’intelligence collective humaine. Avec la complicité et complémentarité de son compagnon, elle met en avant et en partage des va-et-vient de savoirs, jeux et approches sensibles.

« Comment on passe de la conférence de Pablo Servigne, de ce savoir scientifique ? Qu’est-ce qu’on en fait ?(…) Avec l’atelier, beaucoup de personnes, notamment scientifiques, ont senti. »

J’ai également été curieuse et admirative des multiples rôles portés par Axelle, à la fois maman d’un petit bébé, bénévole et animatrice de plusieurs ateliers durant les rencontres. Elle m’a partagé sa « recette ».

« Prendre soin de moi. (…) Il y a des moments qui ont été durs durant les rencontres. Je réajuste. Cela devient harmonieux. Je m’écoute au fur et à mesure. »

***

Laboratoire vivant et résilience** du territoire ?

Présente durant une journée aux Rencontres de Die, je suis repartie fort impressionnée par la richesse des rencontres. Et malgré le peu de temps passé sur place, j’y ai vu toutes les générations se côtoyer, avec engagement, et dans la bonne humeur.

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Aussi, j’ai le sentiment d’avoir capté, senti et appréhendé une remarquable diversité, richesse et intelligence humaine en action. Malgré un territoire rural situé à plusieurs dizaines de kilomètres de grandes villes, ses habitants et les visiteurs de passage semblent reliés par une certaine douceur et joie de vivre. Ils m’ont inspiré de la confiance en l’avenir. Leurs multiples propositions touchent de nombreux domaines de la vie (personnelle, sociale, politique, économique, spirituelle).

Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer d’élus politiques ou de dirigeants d’entreprises. Mais ils sont bien parties prenantes et intervenants aux Rencontres de Die. Reliés, en dialogue, ils semblent en capacité de réellement pouvoir s’adapter aux événements. Cette complémentarité en action offre l’aspect d’une exemplarité et d’une réelle efficacité de la coopération des acteurs et des organisations. Quelle belle expérience de résilience dans la durée ! Un modèle d’exprésilience voué à se démultiplier ?

Très inspirée par ces Rencontres de Die, je suis enchantée de partager les bonnes ondes d’énergie récoltées. J’ai une pensée pour les nombreuses personnes dont je n’ai pas eu la chance de recueillir la parole et en particulier à Basile (pratiquant de Feng Shui, Médecine Chinoise et permaculture) et Fanylo (Animateur Jeu des possibles).

Je remercie à nouveau toutes les personnes qui d’une façon ou d’une autre ont permis à ce récit d’exister : en m’orientant, en répondant à mes questions, en me souriant…

Que leurs graines et leurs fruits continuent à se partager et s’essaimer !

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Captation vidéo des Rencontres de Die – Ecologie au quotidien – Février 2018

 


*« Il se passe quelque chose d’extraordinaire dans le monde » est aussi le titre d’une émission de radio de François de Beaulieu.

**La résilience est un terme issu de la psychologie. Il désigne la capacité des systèmes à retrouver leur équilibre après une perturbation. Le terme a été introduit par Boris Cyrulnik d’après les travaux de John Bowlby (Source Wikipédia)

Pour approfondir le contexte et la dynamique du territoire : un article de Ensemble ici

Le site officiel des Rencontres de Die : https://www.ecologieauquotidien.fr/

 

2 commentaires sur “[Journal vivant] Les rencontres de Die : un laboratoire vivant, bel exemple de territoire résilient

  1. Je suis très touché par ton reportage. Je vais prendre du temps pour regarder les vidéos… J’ai connu Die et cette région, lorsque j’étais à Grenoble. j’ai toujours aimé ce lieu… Et les lieux n’ont rien « d’innocents »… Ca me réjouit ce qu’il se passe là-bas… Cette quête de nouveaux rapports m’intéresse au plus au point… Je pressens tous ces changements, ces expérience qui existent un peu partout et je dirai : ces nouveaux comportements… Ne plus être contre mais voir le positif, chercher toujours… Ca rejoint mes préoccupations d’artiste… Trouver de nouvelle façons de rencontrer le public qui pour moi n’est pas seulement public mais « participant » à un moment privilégié, un partage d’esprit, un voyage…
    Continue de (nous) m’ouvrir à tous ces chemins qui font du bien… Nous ne sommes pas seuls… Le « nouveau monde » se prépare…

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