Le #CodeSocial, une voie vers un « buen vivir » éthique ?

C’était en juin 2015, au château de Millemont. L’événement s’appelait « Open Château »*. J’y ai rencontré des pairs désireux de se relier et de co-créer autour de projets liés à la transition. Je rencontrais ceux qui font les fablabs, les tiers-lieux, les communs, l’open-source. A ce moment, je cherchais à élargir mon réseau. J’habitais dans les Yvelines, et je ne rencontrais pas assez d’ouverture et d’intérêt pour ces sujets à un niveau local, tant de la part des habitants que des élus. J’assimilais à cette occasion le potentiel offert par internet : pouvoir s’ouvrir et se relier à plus loin que soi et son territoire, pour ensuite y revenir avec des ressources permettant de les utiliser localement.

Les enjeux liés à la transition ne touchaient-ils pas suffisamment le quotidien des gens pour que la nécessaire voie de résilience individuelle et collective soit prise au sérieux ? Est-ce vrai encore aujourd’hui? Trois ans ont passé, le web a sûrement participé et favorisé des prises de conscience. Mais comment les uns et les autres s’emparent de cette nécessaire conscience de notre interdépendance ? Quel est le passage d’une posture de sommeil à celle d’un éveil ? Comment l’ouverture du regard peut-elle se diffuser plus largement dans nos vies, dans notre travail, dans nos relations?

En début d’année 2018, j’ai rencontré à nouveau Mathieu Coste. En prenant connaissance de la démarche #CodeSocial, j’ai été très inspirée : serait-ce un espace susceptible d’accueillir la co-émergence et de permettre le déploiement résilient des systèmes et des organisations à une large échelle ? Est-ce une manière de cultiver un « buen vivir », c’est à dire de vivre à la bonne heure comme nous y invite le philosophe Patrick Viveret pour permettre de vivre pleinement sa vie, en lien avec l’autre et la nature ? Les organisations sont-elles prêtes à entrer dans le jeu ?

L’esprit du #CodeSocial et sa résonance sensible

Début février, quelques heures après avoir assisté à une conférence en ligne, un webinar, sur le #codeSocial, un dessin m’est venu spontanément :

humanspirit

J’ai associé au dessin une phrase que j’aime d’Abhinavagupta**”Il ne s’agit pas de révéler ce qui ne serait pas révélé, il s’agit d’éradiquer l’idée erronée que des êtres lumineux ne brilleraient pas”.

Puis, j’ai décidé de publier le dessin sur Twitter malgré son aspect a priori décalé par rapport à la dimension méthodique de la démarche #CodeSocial.

twet

Et soyons clair, durant le webinar, des termes tout à fait rationnels ont été formulés durant cette conférence de présentation :

« Un outil  qui permet le pilotage par le sens. »

“C’est une matière vivante qui va permettre de faire un lien entre les intentions et les actes. “

“La création d’éco-systèmes basés sur l’autonomie et la reliance pour des modes d’organisation plus proches du vivant.”

C’est la « Constitution » d’une organisation, grâce à son opposabilité.

C’est « le partage d’une culture en évolution constante. »

C’est un « bien commun ».

C’est un « langage qui relie. »

Mais il y a eu aussi des images, des symboles qui ont été utilisés :

C’est un « véhicule inspiré de l’utopie du Web appliqué au champ social et économique. »

« C’est un endosquelette et un exosquelette, passé au rayon X, il permet la transparence. »

« C’est une recette de cuisine comprenant des ingrédients (personnes, compétences, valeurs, des connaissances) mélangé à des outils et des méthodes. »

Je suis entrée en résonance intuitivement avec cet imaginaire : le #CodeSocial permettrait à ceux qui s’y engagent de participer au mouvement d’une humanité qui se renouvelle, avec plus de respect du vivant ?

A sa sortie d’une résidence créative à la Maison de Chez Nous qui héberge actuellement le #CodeSocial, un artiste a créé le dessin ci-dessous.

codesocialSouverainete.PNG
Dessin en sortie de résidence à la Maison de Chez Nous

Chacun retrouverait une souveraineté et une dignité dans sa manière d’être et d’agir avec les autres ?

Associer le souci de productivité et d’efficience à la sensibilité de notre nature fondamentale permet aux être humains d’être civilisés. Ils adaptent leur comportement et confirment leur capacité à évoluer à l’écoute du Vivant.

Cette conscience s’intègre dans une vision globale et entre dans la construction de l’holoptisme « un espace physique ou virtuel dont l’architecture est intentionnellement conçue pour donner à ses acteurs la faculté de voir et percevoir l’ensemble de ce qui s’y déroule. »

holoptisme.PNG
Extrait du site internet codesocial.org

L’effort humain consistera donc à rester habité par l’intention et la vision globale pour permettre l’émergence collective du Vivant dans une danse efficiente et sensible.

Le #CodeSocial, un énième outil d’audit ?

J’ai tendance à penser que le #CodeSocial est bien plus qu’un objet de management dès lors qu’il demeure animé par l’intention qui l’a fait émerger : répondre à un besoin d’intégrité, de respect et de lien à plus grand que sa propre organisation.

Ce n’est pas une solution.

C’est un accélérateur de changement.

C’est un contenant pour cheminer.

C’est ce qu’en feront ceux qui se l’approprient.

C’est la colonne vertébrale qui oscille, qui s’aligne progressivement pour accompagner l’élévation d’un homme debout.

Comme point de départ de partenariat, le #CodeSocial permettrait la reconnaissance entre pairs partageant la même intention d’éthique. Celle-ci lorsqu’elle est partagée et mise en pratique, faciliterait le déploiement d’une interconnexion avec entre acteurs ayant une grammaire commune.

Ce renouveau d’un langage commun m’évoque ce livre blanc « Spiritualité et Leadership dans les organisations » édité par Colligence.

Cette interdépendance consciente et potentiellement articulée dans le réel m’a fait replonger dans un extrait du livre « The lost Art of a good conversation » de Sakyong Mipham.

« Our identity is a web of interactions. » Sakyong Mipham

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The Lost Art of a good conversation – Sakyong Mipham

Le #CodeSocial, une auto-réflexion de l’organisation pour un mieux vivre-ensemble ?

  • Les apports du #codeSocial

Ayant été consultante pour le secteur de l’Economie Sociale et Solidaire, j’imagine que le #CodeSocial servirait de boussole, guide, repère pour tenir l’intention initiale de l’organisation. En interrogeant et en favorisant la lecture globale d’un fonctionnement interne et externe, le #CodeSocial se veut à la fois évolutif, agile, innovant pour rester en lien avec la complexité du vivant.

Il semble qu’il y ait une forte envie des organisations, des équipes d’aller vers davantage de congruence, d’intégrité entre l’intention, ce qui est dit, affiché et ce qui est fait. D’ores et déjà, si le #CodeSocial favorise un cadre de compréhension mutualisé, apportant la confiance, l’implication, la créativité, alors l’efficacité et le plaisir ne peuvent qu’être renforcés.

En mesurant les impacts multidimensionnels de l’activité, le #CodeSocial permet à l’organisation d’entrer dans une auto-évaluation, aussi régulière que désirée, au sein d’ environnements complexes et mouvants.

« Après avoir passé 10 ans à intégrer plein de projets qui ne sont pas ce qu’ils affichent, j’ai décidé de créer le #CodeSocial de mon organisation ChezNous.org » Mathieu Coste

Tout en créant un cadre de compréhension mutualisé, favorisant une transparence, de la confiance, de l’implication, de la créativité, l’efficacité, l’outil permet aussi de mesurer les aspects multiples des impacts de l’activité.

  • Une démarche éthique avant d’être morale

L’éthique pose la question suivante :

Qu’est-ce qui permet de mieux agir pour l’organisation et pour les autres? Elle a un caractère universel car c’est la constante réinterprétation de ce qui est la meilleure façon de vivre pour soi et pour les autres.

L’éthique se distingue de la morale qui différencie ce qui est bien ou mal, interdit/permis/encouragé, et dépend d’un contexte social.

L’éthique ne dit pas ce qui est vrai ou faux. Elle montre la voie de ce qui permet de vivre mieux.

  • Une nécessaire posture pour entrer et incarner la démarche

L’ouverture à l’auto-analyse

La phase de diagnostic permet d’identifier d’éventuels potentiels en sommeil ou à développer dans l’organisation. C’est une forme « d’introspection » avec une dimension ouverte à la complexité et à l’évolution constante des problématiques.

La posture d’apprentissage permanent

Cette posture d’apprenant permanent induit d’accepter la position de vulnérabilité. C’est un potentiel d’une puissance collective en jeu : mutualiser les fragilités, les donner à voir pour les transformer en une force collective à travers les partenariats et les échanges.

Un engagement

La démarche #CodeSocial est exigeante d’une certaine manière car elle demande de consacrer du temps à ce qui prend soin. Elle requiert donc une certaine attitude “passive”, bienveillante, a priori non efficace pour la productivité court terme, mais bien efficiente pour la vitalité de l’organisation à long terme. Un écueil considérable serait de penser que le #CodeSocial pourrait répondre au besoin de se construire une bonne image sans qu’une démarche sur le sens soit réellement interrogée.

Lors d’une conférence en ligne (webinar du 16 mars 2018), la démarche #CodeSocial a été présentée et partagée par différents contributeurs : Mathieu Coste, Guillaume Maison, Isabelle Bouchez Doinot, Hélène Ziegelbaum et Didier Fradin.

« C’était éclairant. »

« Très heureuse d’avoir participé. »

« Un outil de découverte qui permet la reliance. »

Les différents mondes se mélangent et s’alignent sur une intention recherchée de cohérence : consultants, militants, entrepreneurs, artistes, au sein de secteurs différents (entreprise, économie Sociale et Solidaire, mécénat de compétences, mouvement citoyen, monde des communs).

Est-il utile d’ajouter que la cohérence ne peut exister sans co-errances ?

***

L’intégrité, c’est la part d’enfant qui n’a pas lâché ses rêves : avoir confiance en l’humain tout en jouant avec une créativité infinie et spontanée, croire en une paix sociale pour tous sans distinction. Redonner une place à cette belle part de rêve, n’est-il pas le désir de tout acteur de la transformation de ce monde? Reconnecté à ses rêves, avec la conscience d’être un parmi tant d’autres. A travers les personnes qui la composent, l’organisation a le rôle et le pouvoir de prendre soin des multiples rêves des enfants présents et à venir.

Si les organisations s’approprient le #CodeSocial comme un contenant permettant de se connecter à son meilleur potentiel, dans un sens des possibles en émergence, elles créeront un monde dans lequel il fait bon vivre au service des autres et du bien commun. L’impact positif se situe à cet endroit de potentiel latent, attendant une mise en forme concrète et opérationnelle par les entreprises.

C’est tout le bon à souhaiter à la démarche #CodeSocial et à ceux qui entreront dans le sens du Vivant !


*Trace web de l’évènement « Open Château » : https://www.mapado.com/millemont/open-chateau-2

**Abhinavagupta est né vers 950 et mort vers 1020, est un maître du shivaïsme du Cachemire, actif entre 975 et 1015. Il fut aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie. (Source Wikipédia)

Plus d’infos : https://codesocial.org/

 

 

2 commentaires sur “Le #CodeSocial, une voie vers un « buen vivir » éthique ?

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