[Performance] Reï « Nos empreintes entrelacées créent le monde »

Le 3 avril 2018, l’artiste Reï, sculpteur et plasticienne, a proposé une performance collective durant le Festival Eklore, organisé à Paris.

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Parmi les conférences et ateliers d’un programme ayant pour vocation d’inspirer un renouvellement de la place de l’humain dans l’entreprise, Reï a proposé « une topographie de nos rêves ». Un espace pour explorer le sens des traces que nous déposons.

Rencontre avec une artiste, son œuvre participative « Empreintes », accompagnée du regard complice de Solenn Thomas, fondatrice du mouvement Eklore, sur le lien entre l’art et le monde du travail pour féconder l’imaginaire et aider chacun à se transformer…

L’invitation à chercher ensemble

Lorsque j’ai rejoint la zone de “co-errance” imaginée par Reï et sa complice Lucy Raverat, je me suis tout d’abord immergée dans un jeu de questions-réponses. A l’écoute de mes émotions et mes sensations, j’ai été amenée à réaliser différentes actions, piocher un mot dans la boîte “C.h.a.o.s”, écrire un mot, dessiner un motif. D’autres ont réalisé leur silhouette, tracé des traits en mouvement, improvisé ce qui leur venait…

La proposition artistique et participative de Reï a été accueillie avec enthousiasme par Solenn Thomas, fondatrice du festival.

“Reï a tout de suite été en résonance avec le propos du festival car elle m’a dit qu’elle voulait créer un dispositif artistique pour que les gens vivent et expérimentent l’intérêt de laisser son empreinte, afin de montrer que nos empreintes entrelacées créent le monde. “

“Il est essentiel de féconder l’imaginaire et d’aider chacun à se transformer. Il ne suffit pas de changer nos systèmes politiques, organisationnels et managériaux. Il faut que tout à chacun s’éveille à son intériorité et aspire à oeuvrer de manière plus responsable au quotidien.” Solenn Thomas

Interview de Reï, l’esprit de l’œuvre “Empreintes”

Quelle est l’idée à l’origine de cette œuvre collective ?

quotes1  C’est quelque chose qui m’habite depuis toujours, l’envie de reposer la question de la place de l’art au sein du collectif et de la collaboration. Cela a toujours été une évidence pour moi, rien n’est juste à soi. Nous sommes toujours dans une co-création. Suite à une rencontre inspirante que j’ai faite lors d’un atelier de communication non violente, j’ai déposé ce projet « Empreintes », c’est un laboratoire de recherche sur l’outil créatif.

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Reï et Lucy Raverat

Comment tu te sens à la fin de la journée et alors que l’œuvre collective s’achève bientôt ?

Je suis nourrie à plein d’endroits. C’est un rêve que j’ai depuis très longtemps. Je le partage avec beaucoup de gens. C’est pour cette raison que j’ai mis un bleu de travail aujourd’hui, je me sens ouvrière, au service des gens et de leur talent. Je dis que les talents sont parfois des « talents d’Achille » . Nos qualités, nos défauts, nos émotions, les choses qu’on ne juge pas bien en nous, si on apprend à les exprimer, les « empreinter », c’est à dire les déposer, les « talents d’Achille » deviennent de véritables talents.

Ton talent à toi, tu le définis comment ?

Ma spécialité c’est d’être non spécialiste, d’avoir un certain mimétisme, une capacité à m’approprier des outils, des méthodes, des médiums. Cela m’amène parfois dans une zone de « talent d’Achille », c’est à dire à me disperser. Mais si j’arrive à m’approprier les supports, à me laisser inspirer je sors de la zone du jugement, j’entre dans la co- errance et ce qui était difficile ou incompris s’exprime, s’imprime et devient créatif ( au sens d’agir dans le réel) Je me sens assez libre de puiser toutes les sources d’inspiration possibles. Finalement, les seules limites sont les limites mentales.

Aussi, j’ai des convictions profondes et j’aimerais vérifier si elles sont aussi vraies pour les autres. Aujourd’hui avec ma blouse blanche, je me prends pour une chercheuse. Avec le bleu de travail, je me prends pour une ouvrière. La cravate c’est pour celui qui élabore, structure, réfléchit, théorise et mes couettes sont la naïveté, l’enfance. Tout à l’heure, je vais tout enlever, je vais finir en noir comme le marionnettiste et mes marionnettes resteront au sol car il ne faut pas se prendre pour les marionnettes, ni pour l’habit que nous sommes. Cette performance est une sorte de psychomagie à la Jodorowski, une expérience personnelle que je fais dans le laboratoire. Tout le monde fait son expérience, y-compris moi-même.

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Reï en costume et Lucy tricotant la trame

Durant cette expérience collective où chacun est invité à poser une «trace », son « empreinte » y-a-t-il des accidents, des perturbations qui te plaisent moins ?

Une personne de mon entourage de la Communication non violente m’a dit « Quand je me plante, je pousse ». Donc on ne peut pas vraiment se planter, on ne peut être qu’intéressé ou curieux. Les émotions peuvent être vues comme négatives mais elles vont toujours avoir un sens.

Ton regard artistique s’appuie sur trois intentions, le principe de créativité, le mode sans échec et les vases communicants, peux-tu développer ce que cela signifie ?

Le mode sans échec est un principe qui est très important : rien n’est bon ou mauvais en soi, dans l’espace de la co-errance on est pas là pour juger, tout ce qu’on y vit est intéressant.

Avec le principe de créativité, je me suis rendue compte que si on n’est pas dans une vision binaire des choses, c’est à dire bonne ou mauvaise, on est plutôt condamné à la création. Tous les humains sont condamnés à être créatifs. Gandhi disait « la violence c’est la créativité du pauvre » donc mon invitation est celle-ci : regarder que tout est créatif. L’important c’est la question « quelle intention je mets » ? C’est la qualité de nos intentions qu’il faut regarder et non le fait d’être  créateur ou pas.

Dans le troisième principe, les vases communicants, il y a cette double idée que j’ai imaginé à partir d’une image de «double compte en banque ». On a notre compte en banque et on y met des valeurs. Malheureusement aujourd’hui, c’est principalement de l’argent. Mais il y a aussi des valeurs qui nourrissent un autre compte, c’est une « banque énergétique » de joie, de reconnaissance, de valorisation des talents. On peut vivre avec peu d’argent avec un compte en énergie vitale très élevé. Il me semble personnellement que si ce compte n’est pas bien rempli, je ne vais pas fort même si j’ai beaucoup d’argent. Le sens, c’est bien de retrouver cette énergie vitale.Ce tuyau qui nous donne le niveau, qui nous met à niveau horizontalement existe tout le temps, le jeu c’est de le trouver.

Quelles sont tes perspectives à l’issue de cette expérience ?

Empreintes est une performance, un projet « Open source »*. Les toiles de la performance sont comme des trampolines qui permettent de se lancer. Ce laboratoire est le point de départ pour un terrain de recherche avec des jeunes par exemple. Mon support est une toile vierge, mais c’est aussi un potentiel écran entre nous et le monde, entre le réel et le virtuel. Travailler sur ce rapport aux outils technologiques avec un support très simple pour utiliser des qualités artistiques « en vases communicants« . Cela peut être dans le monde du travail, mais aussi dans le milieu de la réinsertion, de la jeunesse, en milieu scolaire.  Je souhaite me servir de cette idée que je ne suis pas professeur, je ne suis pas l’animatrice, je suis une co-chercheuse avec les gens qui sont là.

J’ai appris avec la forge – ce par quoi j’ai commencé – qu’il faut apprendre à forger nos rêves dans la réalité. Pour forger, il faut maîtriser le feu. Nos rêves sont comme une matière vaporeuse qu’il faut condenser, concentrer, parfois il faut les frapper, taper dessus, à chaud, parfois se brûler dans le réel pour entrer cela dans la réalité. Ce n’est pas facile de forger nos rêves dans la réalité mais c’est passionnant.

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Aujourd’hui, j’ai du mal à définir ce sentiment qui m’habite après avoir rencontré Reï, Solenn, Lucy et les autres participants de l’œuvre.

L’empreinte collective est réelle.

Bien là,

avec moi,

Bien toi

et au delà.

Je bute sur les mots.

Parole à la trace.

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« La création n’est pas un accès réservé, c’est un parfum dans l’air de chacun.

Nous n’avons pas le choix, nous sommes condamnés à être créatifs.

Le choix est de suivre les traces et d’y déposer la force et la tendresse de nos intentions. »

Reï


* Open source (Wikipédia) : La désignation open source, ou « code source ouvert », s’applique aux logiciels (et s’étend maintenant aux œuvres de l’esprit) dont la licence respecte des critères précisément établis par l’Open Source Initiative, c’est-à-dire les possibilités de libre redistribution, d’accès au code source et de création de travaux dérivés. Mis à la disposition du grand public, ce code source est généralement le résultat d’une collaboration entre programmeurs.

Pour approfondir :

 

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