Se relier par le travail sacré du deuil

A une époque où notre monde se transforme, où nous vivons des pertes à plusieurs niveaux (humaines, sociétales, climatiques, écologiques), où le désespoir et la dépression se manifestent de plus en plus, il me semble important d’apprendre à traverser cela ENSEMBLE et saisir cette opportunité pour se rapprocher de notre coeur et grandir en résilience.  »

Nans Thomassey – Réalisateur du documentaire « Et je choisis de vivre » (2019)

Dans la Drôme, ce week-end,nous avons été plusieurs dizaines de personnes à nous retrouver lors de « conférence-discussion » autour du travail de l’effondrement et du deuil. J’étais curieuse de répondre à cette invitation singulière et sans précédent : accueillir les douleurs liées aux pertes personnelles et écologiques, partager leur expression, pour les traverser ensemble.

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Dans un premier temps, chaque intervenant, Pablo Servigne*, Azul Valérie Thomé** et Nans Thomassey*** ont témoigné du lien qu’ils font entre leur propre expérience d’effondrement intérieur et la situation actuelle de notre société. J’ai apprécié écouter leur témoignage intime. Cette posture d’être, capable de parler à partir de soi, permet de générer un point de contact d’équivalence entre celui qui parle et celui qui écoute. Depuis plusieurs années, je suis fatiguée et lasse des postures de facade, de ceux et celles qui jugent à l’emporte-pièce,cherchent à convaincre ou encore à donner une leçon, sans regarder d’abord en eux. C’est ainsi que je me suis éloignée progressivement de la sphère politique et sociale car j’ai perdu progressivement confiance en la parole publique. Depuis quelques temps, je suis heureuse de m’apercevoir que de plus en plus de leaders et personnes médiatisées adoptent désormais cette attitude d’une parole authentique et vulnérable capable d’accueillir leurs émotions. Aussi naïf que cela puisse paraître, ils ouvrent à mon sens, la voie d’une réconciliation, d’un lien renouvelé entre le « Je » et le « Nous », l’être et le paraître, où l’intime n’est plus séparé du politique.

Cette traversée de l’intime a été confirmée par un temps d’initiation : nous avons été invité à échanger avec un partenaire sur ce que peut nous apporter aujourd’hui la présence de nos ancêtres, des animaux, ou de nos ombres dans nos vies. Jusqu’ici je n’ai abordé ces thèmes que de manière isolée ou au sein de cercles restreints, lors de stages ou dans des lieux dédiés à la thérapie. Avec cette conférence, force est de constater que ces sujets peuvent faire l’objet d’une réflexion partagée, d’une transmission collective, et même d’un chant spontané. Notre culture est-elle en train d’évoluer, d’accepter et de régénérer notre part d’humanité irrationnelle ?

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Photo du centre du »Cercle de compostage de deuil » / « Grief composting circle » – 16 juin 2019

Après la conférence, j’ai « débriefé » avec quelque personnes et certaines m’ont dit avoir été touchées sans avoir été toujours convaincu par la manière dont la conférence a été conduite à certains moments. J’entends et je comprends que cela nous arrive régulièrement d’être inspiré par une initiative, puis d’être décu par la forme qu’elle prend ou encore frustré par celui ou celle qui conduit la démarche. J’ai envie de croire que cette déception ou cette frustration sont des manifestations de vie à accueillir. Aussi difficile que cela puisse paraître,elles recèlent une vitalité, une source,un potentiel de vie et de création :

« Garder à l’esprit ce qu’il me reste de bon de cette rencontre, faire le plein et prendre soin de cet essentiel.

Laisser partir le reste, faire le vide pour accueillir mon propre chemin créateur. »

Si j’applique cette dernière inspiration à la conférence : grâce au témoignage intime et au rituel collectif, j’ai touché le thème de la perte de manière profonde et reliée aux autres. Je me rapproche de mes propres pertes et de celles qui m’entoure. Je me sens davantage capable d’accepter la douleur comme un guide pour protéger et créer.

Le chemin n’est pas encore tracé, il me reste à le dessiner.

Miae Ka

19 juin 2019


*Pablo Servigne, chercheur « in-terre-dépendant », auteur de Une autre fin du monde est possible (Seuil, 2018), Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015 ) et conférencier) https://pabloservigne.com/

**Azul Valérie Thomé, Artiste et activiste du sacré https://www.souland.org/cercle-de-compostage-de-deuil.html

***Nans Thomassey, (Nus et Culottés, réalisateur du documentaire Et je choisis de vivre 2019)« 

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